Murielle Chatelier
Le Nouvelliste
Port-au-Prince, Haïti
Le Code de la route haïtien est semblable à n’importe quel code routier international. Les usagers de la voie publique, plus particulièrement les conducteurs, y sont invités à respecter un ensemble de lois et de règles de civisme et de savoir-vivre. Fort bien. Mais sur nos routes et dans nos rues, qu’en est-il vraiment ?
Exceptionnellement, le boulevard est plutôt dégagé en ce magnifique après-midi ensoleillé. Un jeune clochard traverse lentement « l’autoroute » à la hauteur de Delmas 48, indifférent à la Jeep qui arrive à vive allure. Le conducteur, qui n’a même pas la décence de ralentir, lui fonce dessus. Impuissante, je vois le jeune homme être heurté par le pare-choc du bolide. Autour de moi, personne ne réagit. Ça doit être normal de frapper un piéton.
Quelques jours plus tôt, un chauffeur, lui aussi pressé, de toute évidence, frappe un enfant. Furieux, il sort la tête de sa voiture et crie : « Mais qu’est-ce qu’il fait dans la rue celui-là ? Il ne va pas à l’école ? ». Deux jeunes Québécois assistent à la scène, scandalisés par la brutalité du chauffeur.
Des infractions passibles de pénalité ?
Dans toutes les rues d’Haïti, chaque jour, c’est la cacophonie. Tout le monde klaxonne à qui mieux mieux. On tourne, on klaxonne, on avance, on klaxonne, on hésite, on klaxonne, ça nous tente, on klaxonne. Pourtant, le Code de la route prévoit une contravention à quiconque « utilise son avertisseur sans raison valable ». Peut-être y a-t-il des nuances à saisir entre ce qui est valable et ce qui ne l’est pas ?
Le 4 juillet dernier, deux policiers arrêtent le véhicule dans lequel je prends place. Mon chauffeur m’annonce qu’on lui réclame 400 gourdes parce qu’il a commis une infraction : sa camionnette n’a pas de rétroviseur. S’il ne paie pas, son véhicule sera saisi. C’est vrai, le code interdit de « circuler avec un véhicule en mauvais état ». Je serais curieuse de savoir combien de ces véhicules sont saisis quotidiennement.
Dans la section des infractions les plus courantes, le code prévoit même une contravention à ceux qui « surchargent leur véhicule ». Sur la place du Champs de Mars, des instructeurs d’auto-écoles transportent parfois 6 passagers dans un véhicule de 5 places. Et que dire des camionnettes de transport public chargées à ras bord ? Et des petits taxis que leurs propriétaires transforment, au besoin, en « camions de déménagement » ?
Saviez-vous que « manquer d’égard à un passager » est passible d’amende ? Que tous ces chauffeurs des transports publics si peu aimables et prodigues d’injures se le tiennent pour dit ! J’apprends aussi qu’il est défendu de « réclamer un prix plus élevé que celui prévu par le tarif officiel ». Voilà un dernier point qui devrait être connu de tous les touristes. Pour toutes les fois où les chauffeurs m’ont fait débourser 10 gourdes au lieu des 5 réglementaires…
Et, conducteurs, soyez maintenant vigilants ! Une contravention vous pend au nez si vous « conduisez un véhicule dégageant trop de fumée ». N’avez-vous pas constaté comme il y en a des milliers qui circulent dans l’aire métropolitaine ? Je tremble à la seule pensée d’être prise au volant d’un tel véhicule, tellement la police routière haïtienne est à l’affût du moindre écart de conduite.
Et comment passer sous silence ce non-respect de la signalisation routière ? Au moins, ce phénomène peut s’expliquer assez facilement : à la vitesse où l’on conduit ici, qui a le temps de voir ces affichettes ? Puisqu’elles ne servent à rien, qu’on les enlève une fois pour toutes ! Au fait, il paraît que la MINUSTAH a lancé une campagne sur la sécurité et la conduite routière en septembre. Je me demande bien pourquoi. Y aurait-il quelque chose à changer dans les comportements sur la route ?
Maintenant, j’ai besoin d’un éclaircissement : quelqu’un peut-il bien me dire si le Code de la route haïtien a toujours cours légal ou si ce n’est qu’un ouvrage folklorique ?
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