Murielle Chatelier
Le Nouvelliste
Port-au-Prince, Haïti
Même salariés, la majorité des Haïtiens restent pauvres. Avec un salaire minimum fixé à 70 gourdes par jour, peu d’entre eux parviennent à vivre décemment. Au quotidien, ce sont des milliers de travailleurs qui ne mangent pas à leur faim, et qui peinent à nourrir leur famille.
Myrlène Jacques est caissière dans une firme de micro-finance depuis 2 ans. Pour 72 heures de travail, elle gagne 1 362,5 gourdes par semaine, à peine de quoi payer les frais scolaires de sa petite sœur - elles sont toutes deux orphelines - et subvenir à leurs besoins essentiels. Et pourtant, son salaire est moyen, et même enviable pour beaucoup !
Chaque mois, elle débourse 1 725 gourdes pour le collège de sa cadette, en plus d’avoir à payer 245 gourdes par jour pour se déplacer dans Port-au-Prince. Uniquement pour l’école et le transport, elle dépense donc 7 205 gourdes chaque mois. C’est 1 755 gourdes de plus que son salaire mensuel. Et le prix de la nourriture n’est pas encore comptabilisé dans ces frais… Comment arrive-t-elle à assumer toutes ces dépenses? « Je suis obligée », dit-elle en haussant les épaules. La réalité ? Elle a des dettes par-ci, par-là.
Tout comme le million et demi d’Haïtiens qui possèdent un, ou deux, ou même trois portables, Myrlène doit aussi acheter des cartes d’appel… Et d’autres doivent payer des factures pour des services déficients d’eau et d’électricité - et se faire livrer de l’eau et acheter des chandelles - ou remplir d’essence leur réservoir de voiture malmenée sur les routes - et passer chez le mécanicien réparer les dommages causés par les nombreux chocs…
Une vie pourtant chère
Comparé à ce que gagne Myrlène, le coût de la vie est trop élevé pour les milliers de gens qui ont un salaire semblable. Les produits de consommation achetés sur une base quotidienne, comme le riz, dont la marmite se vend environ 15 gourdes, l’huile de cuisson et les pois, deviennent inabordables. Même les marchandes se plaignent de les vendre trop chers !
Hiclaine Métellus, qui vend des produits alimentaires sur la rue des Miracles, se voit contrainte d’augmenter constamment ses prix. « En juillet, j’achetais la caisse d’huile de cuisson à 1 000 gourdes. Je la paie aujourd’hui 1 250 gourdes. Je suis obligée d’augmenter le prix pour mes clients », déplore-t-elle. Elle vend maintenant le gallon d’huile 50 gourdes de plus qu’il y a deux mois.
Pourtant, les salaires n’augmentent pas. « Il n’y a que le drapeau qui monte et qui descend », ironise la marchande. Non loin de son kiosque, une consommatrice élève la voix : on a augmenté le prix d’une bouteille de vin qu’elle achète régulièrement. « Comment ? Je ne comprends pas ! Je l’achetais moins cher il y a quelques semaines ! Où est mon vendeur habituel ? » Et – hasard ? – il y a beaucoup plus de vendeurs que d’acheteurs dans les rues.
Entre la réalité de la rue et les indicateurs macroéconomiques, il y a un fossé plus profond que la mer des Antilles. Et malgré tous les beaux discours, le peuple reste sur sa faim.
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