mardi 9 septembre 2008

L'Université pour la Paix

Murielle Chatelier
Reflet de Société
Vol.16 No.6 Sept. / Oct. 2008

L’importance de vivre dans un monde en paix, voilà ce qu’on enseigne à l’Université pour la Paix (UPEACE). Au terme de cet apprentissage, la seule arme dont disposent les étudiants pour éviter et résoudre les conflits, c’est leur diplôme.

À UPEACE, on croit fermement que les jeunes de toutes les cultures du monde devraient partager le même idéal pacifiste. C’est dans cette optique que, depuis le début des années 2000, l’établissement recrute ses étudiants aux quatre coins de la planète. « Si les jeunes du monde entier partagent la même vision du respect des droits humains et s’engagent à participer à un développement durable, nous pouvons espérer vivre dans un monde plus harmonieux », sous-tend le recteur de UPEACE, M. John J. Maresca.

Chaque année, le nombre d’admissions dans cette université augmente. « L’intérêt pour ce type d’apprentissage croît de façon fulgurante », assure le recteur. UPEACE est la seule institution affiliée à l’Organisation des Nations Unies (ONU) autorisée à décerner des diplômes d’études supérieures sur la paix et sur la résolution de conflits.

Depuis 2003, plus de 45 Canadiens ont suivi un programme sur la paix. « Nous sommes vraiment très fiers que tous ces jeunes Canadiens soient venus étudier chez nous, déclare M. Maresca. Leur pays nous a tellement soutenu dans nos efforts. » Les rapports privilégiés entre l’université et le Canada devaient d’ailleurs se résulter par l’implantation du premier programme universitaire à l’extérieur du campus de Costa Rica. Un projet qui n’a pas pu voir le jour sur notre territoire, freiné par un processus trop long.

D’étudiants à promoteurs de la paix

Les diplômés de UPEACE sont formés pour devenir des leaders qui peuvent changer le monde. Nombre d’entre eux occupent des postes clés qui les amènent à combattre les conflits, la violence et les inégalités sociales. « Nos leaders ne deviendront pas tous des premiers ministres, dit M. Maresca avec une pointe d’humour. Un leader est avant tout quelqu’un qui sait ce qui est bien, et qui fait tout pour s’assurer que ses actions vont en ce sens. »

Le Kényan Dan Juma, diplômé de la promotion 2006 en Loi internationale et droits humains, est très actif sur la scène internationale depuis la fin de ses études. À titre d’expert, il a été invité à commenter le conflit qui sévit au Kenya sur les ondes du réseau anglais de Radio-Canada, CBC. Toujours au même titre, il a aussi participé à la Conférence mondiale sur la prévention du génocide, tenue du 11 au 13 octobre 2007 à l’Université McGill.

« Une éducation basée sur la paix est essentielle, estime M. Maresca. Nos étudiants font face à leurs défis avec courage, et avec ce qu’ils ont appris à l’Université pour la Paix. » La majorité de leurs diplômés travaillent au sein d’organisations non gouvernementales (ONG), tandis que d’autres sont employés par l’ONU ou deviennent des enseignants. À une échelle plus individuelle, les promoteurs de la paix rencontrent les mêmes défis quotidiens que tout citoyen soucieux de vivre dans une société d’égalité et de paix.

Une brochette d’enseignants

Tout comme les étudiants admis à UPEACE, le personnel enseignant sur place en permanence provient de partout dans le monde : Égypte, Suisse, Salvador, Pérou, France, pour ne nommer que ces pays-là. Leurs expériences distinctes font d’eux des ressources diversifiées dans un environnement des plus multiculturels. Toute une richesse pour ces étudiants qui seront amenés à étudier les conflits de nombreux pays dans le cadre de leurs fonctions.

Les personnalités internationales qui se déplacent pour enseigner pendant de courtes périodes à UPEACE sont des experts dans leur domaine. Plusieurs Canadiens figurent sur cette liste, dont le Dr Gerald Caplan, un analyste et activiste politique mondialement reconnu. Il se spécialise notamment dans les questions africaines, particulièrement dans celles qui portent sur les génocides. Titulaire d’un doctorat en histoire africaine, il est l’auteur du rapport très médiatisé Rwanda, The Preventable Genocide (ou en français, Rwanda, le génocide qu’on pouvait prévenir).

Main dans la main avec l’ONU

Bien que UPEACE ait vécu des années difficiles, l’ONU a reconnu ses importants progrès et a demandé un renforcement de leur coopération en 2006. Une résolution a donc été adoptée par une commission et le texte stipulait : « Avec les efforts accomplis pour revitaliser et pour renforcer l'université, elle est aujourd'hui, plus que jamais, un centre international spécialisé dans l'éducation, la formation et la recherche sur toutes les questions liées à la paix et au conflit ».

Pour rester en dehors de toute lutte politique et pour conserver sa vocation strictement académique, l’université a été dotée d’une charte et elle s’assure depuis toujours de son indépendance financière vis-à-vis de l’ONU. Il n’en demeure pas moins qu’à la base, les programmes dispensés par UPEACE sont inspirés par la culture de cette organisation mondiale et l’université cherche à en soutenir les mêmes objectifs. Dans son dépliant publicitaire, l’établissement indique que « UPEACE est un membre de la famille onusienne » et se réjouit de bénéficier quand même d’une liberté d’action.

Des programmes accessibles à tous

En plus d’offrir à ses étudiants des programmes qui mènent à l’obtention d’une maîtrise, UPEACE offre aux organismes des ateliers et des formations de courte durée sur la paix et sur la résolution de conflits. À travers les écoles dans le monde, l’université met à la disposition des enseignants du matériel pédagogique. Toute personne intéressée peut aussi suivre une formation à distance ou se procurer une série de livres sur la paix.

L’une des missions principales de UPEACE est de rendre son enseignement accessible à tous. L’université est présente à plusieurs endroits au moyen de ses bureaux régionaux à Genève, à New York et à Addis Ababa, en Éthiopie. Des centres d’activités académiques et de recherche sont aussi affiliés à UPEACE en Serbie, en Colombie et en Uruguay.

« L’ONU nous a donné le mandat de diffuser notre enseignement à travers le monde, conclut le recteur de UPEACE. Nous croyons qu’à défaut de pouvoir le faire pour l’humanité entière, notre devoir est au moins de rejoindre tous les jeunes qui s’intéressent à ce type d’apprentissage, peu importent les frontières. »

Spécialistes du périmé

Murielle Chatelier
Le Journal de Montréal
3 septembre 2008

Alors qu'une crise de listériose et de salmonellose inquiète et secoue tout le pays, des commerçants de Montréal semblent se spécialiser dans la vente d'aliments périmés.

Deux commerces de la rue D'Amiens, dans Montréal-Nord, le Marché Miracle 110 et le Méga Dépôt, vendent des produits alimentaires dont la date de péremption remonte souvent à plus de quatre mois, voire deux ans.

Confiture, mayonnaise, olives noires et barres tendres pour enfants figurent parmi la trentaine de produits que le Journal s'est procurée jeudi sur les étagères à la propreté douteuse de ces deux magasins.

Dans un local où des aliments semblent avoir été tout bonnement «pitchés» sur les tablettes, le Méga Dépôt vend des boîtes de céréales écrasées et des vinaigrettes à l'allure inquiétante. Sans parler du pêle-mêle de vêtements, aspirateurs et autres articles.

Antiquité

Sur certains produits au Miracle 110, où la poussière a élu domicile, la durée de conservation semblait avoir été volontairement masquée.

Mais un examen approfondi a permis à la journaliste du Journal de dénicher une véritable antiquité : une sauce barbecue dont la date de péremption est... juillet 2006 !

Dans ces épiceries achalandées, les consommateurs semblent plutôt au courant des pratiques des propriétaires.

«Oui, je sais qu'on vend des produits périmés ici, dit Mme Lien, qui fait ses achats au Miracle 110 depuis cinq ans. Mais je fais attention et je trie mes aliments.»

Après une courte hésitation, une dame dans la quarantaine lance au pas de course : «L'essentiel, c'est de regarder les dates.»

Aucun empoisonnement

Le superviseur du Méga Dépôt, Adel, s'étonne que le Journal ait trouvé sur ses tablettes des produits vieux de plusieurs mois.

«D'habitude, on jette les aliments au bout de quelques jours après la date de péremption, mais pas des mois !»

Il ne se formalise cependant pas outre mesure de vendre des produits périmés à ses clients.

«Tous nos clients savent que nous vendons des produits périmés, et tant que nous n'enlevons pas les étiquettes, nous sommes dans notre droit», affirme-t-il avant de préciser que personne ne s'est jamais empoisonné avec ses aliments.

Déçu, il retourne en France

Murielle Chatelier
Le Journal de Montréal
15 juillet 2008

Malgré ses 15 ans d'expérience comme pompier en France, Ludovic Raynal doit tout recommencer à zéro pour être pompier au Québec.

«J'ai toujours dit qu'il y a des différences entre le travail d'un pompier français et celui d'un pompier québécois, mais de là à tout réapprendre ?», s'insurge M. Raynal.

Bardé de toutes les attestations possibles dans son métier - il a plus de 2 000 heures de formation à son actif -, M. Raynal a appris au cours des dernières semaines que son expérience et ses qualifications ne valent pas grand-chose au Québec.

«Les trois écoles que j'ai contactées m'ont informé que je dois suivre une formation complète si je veux travailler au Québec. Je devrais même réapprendre à enfiler ma tenue de pompier !», dénonce-t-il.

Installé dans le 4 1/2 d'une cousine, M. Raynal vit entassé avec huit autres personnes, dont sa femme et son fils.

«On ne veut pas dépenser toutes nos économies inutilement pour se loger, déclare-t-il. Même ma femme ne peut pas travailler dans son domaine comme préposée bénéficiaire, alors qu'elle l'a fait pendant 14 ans en France.»

Une équivalence qui n'en est pas une

Désireux de poursuivre sa carrière dans le seul domaine qu'il connaît, M. Raynal a demandé une équivalence de ses acquis au ministère de l'Immigration et des Communautés culturelles.

Selon cette instance gouvernementale, ses acquis se traduisent au Québec par une attestation d'études collégiales en bâtiment et travaux publics.

«Déjà, c'est en dessous de mon niveau français, et en plus, je ne sais même pas en quoi consiste ce diplôme.»

M. Raynal a donc contesté l'évaluation comparative de ses études. Mais le Ministère est resté sur sa position.

Départ forcé

Arrivé en mai dernier, le pompier a déjà pris la décision de ramener son petit monde en France, à moins d'un revirement majeur. Son conteneur d'effets personnels n'a même pas encore atteint nos rives.

«C'est tout ce qu'on attend. Dès qu'il arrive, on s'en va. Comment peut-on rester au Québec dans des conditions pareilles alors qu'on est venus pour avoir une meilleure qualité de vie ?»

Des femmes bibelots

Murielle Chatelier
Le Journal de Montréal
28 mai 2008

Les femmes nues maquillées de peinture corporelle symbolisent une attraction sexy très prisée dans les soirées montréalaises, où elles font littéralement figure de bibelots.

Le body painting est de plus en plus en demande, autant dans les fêtes privées d’entreprise que lors d’événements plus glamour.

Pour ces mannequins qui déambulent pratiquement nues dans les salles de réception, leurs «tenues peintes» sont loin d’être choquantes ou vulgaires.

«Un corps de femme, c’est beau. Autant faire de l’art avec», lance Élise Lortie Grondin, une mannequin heureuse de se muer en produit promotionnel le temps de quelques événements.

À 100 $ de l’heure en moyenne, elle dévoile ses courbes lors de nombreux événements, dont une soirée organisée au Club Opéra dans le cadre de la Semaine de mode de Montréal.

Quand les hommes l’approchent pour lui demander si elle se sent bien à peine vêtue, ce qui arrive régulièrement, elle leur répond qu’elle est à l’aise avec son corps. «Et ils sont très respectueux», affirme-t-elle.

Depuis trois mois, la jeune femme de 21 ans exerce sa carrière de mannequin «body painted» parallèlement à son travail de barmaid.

Plus d’art que de nudité

Nathalie Legault, une mannequin devenue maquilleuse professionnelle, sursaute quand on parle de nudité dans le body painting.

«Quand je joue les mannequins, je porte des sous-vêtements très minces de couleur peau. Je ne suis pas toute nue!», s’exclame-t-elle.

«C’est sûr qu’il y a des gens pas très professionnels qui veulent faire un coup d’argent ou donner un gros show en laissant les mannequins complètement nues, mais dans mon agence, on est très classe», ajoute-t-elle.

Une tendance qui s’affirme

Dans le métier depuis 10 ans, Ève Monnier, une des rares peintres corporels qui exploite des agences de mannequins à Montréal, reçoit maintenant fréquemment des demandes pour du body painting.

Dernièrement, le très couru Bal de la Jonquille accueillait ses invités avec une mannequin aux seins nus simplement recouverte d’une peinture dorée et exposée sur un lit rotatif. «Les organisateurs de soirées sont à la recherche de nouveaux attraits», explique Mme Monnier.

Des animaux de la jungle aux habits gothiques, tous les souhaits excentriques peuvent être exaucés. «Les clients deviennent de plus en plus exigeants», soutient-elle.

Les mannequins qui prêtent leur corps à l’art de la peinture corporelle sont surtout des étudiantes, des modèles qui travaillent à la pige et, plus rarement, des jeunes mères de famille.